Sociogramme : définition, lecture et usage en entreprise
Un sociogramme est un schéma qui représente les relations entre les membres d’un groupe : chaque personne y figure sous forme de point, et des flèches indiquent qui choisit ou rejette qui selon un critère donné (avec qui aimeriez-vous travailler ?). Inventé par le psychiatre Jacob Levy Moreno dans les années 1930, il aide une entreprise à repérer les affinités, les personnes isolées et les sous-groupes, pour mieux composer ses équipes et prévenir les conflits.
Dans toute équipe, des liens se tissent et d’autres ne se font pas. Ces relations invisibles pèsent sur la coopération, la circulation de l’information et le climat de travail. Ce guide explique ce qu’est un sociogramme, comment le lire, comment le réaliser et dans quelles limites l’utiliser en entreprise.
Table des matières
Sociogramme : définition
Le sociogramme est l’outil graphique de la sociométrie, une méthode développée par Jacob Levy Moreno (1889-1974), psychiatre et psychosociologue, également connu comme l’inventeur du psychodrame. On parle souvent de « sociogramme de Moreno ». La sociométrie cherche à mesurer les relations d’attraction et de rejet au sein d’un groupe : on interroge chaque membre sur ses préférences, puis on représente l’ensemble des réponses sur un schéma.
Moreno distinguait trois types de relations entre deux personnes :
- l’attraction (ou sympathie) : une personne en choisit une autre ;
- le rejet (ou antipathie) : une personne déclare ne pas souhaiter travailler avec une autre ;
- l’indifférence : aucune préférence exprimée.
Le sociogramme est utilisé à l’école, dans le sport, dans les associations et en entreprise. Il ne mesure pas la compétence, mais la place de chacun dans le réseau relationnel du groupe.
Comment lire un sociogramme ?
Les conventions varient selon les auteurs, mais les principes de lecture restent les mêmes :
- chaque membre du groupe est représenté par un cercle ou un point, parfois avec un code couleur (service, ancienneté, fonction) ;
- une flèche simple indique un choix à sens unique : A choisit B, mais B ne choisit pas A ;
- une flèche double (ou deux flèches opposées) indique un choix réciproque : A et B se choisissent mutuellement ;
- une ligne en pointillés ou d’une autre couleur représente un rejet.
Les personnes très choisies sont souvent placées au centre du schéma, les personnes peu choisies à la périphérie. Cette disposition rend visibles, d’un coup d’œil, la structure du groupe et ses éventuelles fractures.
Les statuts sociométriques
L’analyse des choix et des rejets fait apparaître des positions caractéristiques :
| Statut | Description | Ce qu’il signale |
|---|---|---|
| L’étoile (ou leader populaire) | Personne choisie par un grand nombre de membres | Une influence réelle sur le groupe, à associer aux projets de changement |
| Les paires et les cliques | Deux personnes, ou un petit groupe de trois ou quatre, qui se choisissent mutuellement | Une cohésion forte, mais un risque de repli sur soi du sous-groupe |
| La chaîne | A choisit B, qui choisit C, qui choisit D | Un circuit relationnel, souvent fragile |
| L’isolé | Personne qui n’est choisie par personne | Un signal d’alerte : difficulté d’intégration, arrivée récente, mise à l’écart |
| Le rejeté | Personne qui reçoit plusieurs rejets | Une tension à comprendre et à traiter rapidement |
Ces statuts décrivent une situation à un instant donné, sur un critère donné. Une personne isolée sur le critère « travailler ensemble » peut être très choisie sur le critère « demander un conseil technique ». Le sociogramme ne juge pas les personnes : il montre des relations.

Pourquoi utiliser un sociogramme en entreprise ?
Composer des équipes qui fonctionnent
Des personnes qui s’entendent coopèrent plus facilement, se transmettent l’information et se soutiennent dans les périodes de charge. Des travaux anciens, comme ceux de Van Zelst sur des équipes du bâtiment au début des années 1950, ont montré que des équipes constituées en tenant compte des affinités déclarées gagnaient en satisfaction et en efficacité. Le sociogramme aide à former un binôme, une équipe projet ou un groupe de travail en tenant compte de ces affinités, sans s’y limiter : la complémentarité des compétences reste le premier critère.
Prévenir et comprendre les conflits
Les rejets réciproques, les sous-groupes qui ne communiquent pas, les personnes isolées sont souvent à l’origine de tensions durables. Le sociogramme les rend visibles avant qu’ils ne dégénèrent. Il ne résout pas le conflit, mais il éclaire la situation et aide à choisir la bonne approche, que nous détaillons dans notre article sur la gestion des conflits en entreprise.
Réussir une intégration ou une réorganisation
Après une fusion, un déménagement, l’arrivée d’un nouveau manager ou de plusieurs recrues, le sociogramme permet de vérifier si les nouveaux venus trouvent leur place et si les anciens réseaux se recomposent. Il aide aussi à identifier les personnes influentes, qui peuvent devenir des relais d’un projet de changement.
Comment faire un sociogramme ?
1. Définir l’objectif et le critère
On ne mesure pas « les relations » en général, mais une relation précise : travailler ensemble, partager un bureau, demander de l’aide, partir en déplacement. Le critère doit être lié à une décision réelle, sinon les réponses n’ont pas de sens.
2. Préparer un questionnaire court
Les questions classiques d’un test sociométrique sont :
- Avec quelles personnes souhaiteriez-vous travailler sur ce projet ?
- Avec quelles personnes préféreriez-vous ne pas travailler ?
- Selon vous, qui souhaiterait travailler avec vous ?
- Selon vous, qui ne le souhaiterait pas ?
On limite souvent le nombre de choix (trois, par exemple) pour obtenir des réponses discriminantes.
3. Garantir la confidentialité
Les réponses sont personnelles et sensibles. Seule la personne chargée de l’analyse (un psychologue du travail, un consultant ou un responsable RH formé) y a accès ; les résultats sont restitués de façon anonymisée ou agrégée. La participation doit être volontaire, l’objectif expliqué à l’avance, et le traitement des données conforme au RGPD (règlement général sur la protection des données) : finalité définie, durée de conservation limitée, information des salariés.
4. Construire le tableau puis le schéma
Les réponses sont d’abord saisies dans un tableau à double entrée, appelé sociomatrice : chaque ligne indique les choix et rejets émis par une personne, chaque colonne ceux qu’elle reçoit. On en déduit le nombre de choix reçus, les choix réciproques et les rejets, puis on dessine le sociogramme. Des logiciels et outils en ligne d’analyse de réseaux automatisent ce travail pour les groupes nombreux.
5. Analyser et agir
L’analyse porte sur la structure du groupe (cohésion, sous-groupes, isolés) et non sur les individus pris un par un. Elle débouche sur des actions concrètes : réorganiser une équipe, accompagner l’intégration d’un salarié, organiser un temps d’échange entre deux services, renforcer le rôle d’une personne influente.
Les limites du sociogramme
- Une photographie instantanée : les relations évoluent, et le résultat ne vaut que pour la période et le critère étudiés.
- Un risque pour le climat social : demander qui l’on rejette peut raviver des tensions si la démarche est mal expliquée ou si la confidentialité n’est pas garantie.
- Une sincérité variable : les salariés peuvent répondre ce qu’ils pensent être attendu, surtout si le questionnaire n’est pas anonyme pour l’analyste.
- Une interprétation délicate : un isolé n’est pas forcément en difficulté, il peut être nouveau, à temps partiel ou en télétravail.
Pour toutes ces raisons, le sociogramme gagne à être confié à un professionnel et à être complété par des entretiens. Si vous êtes vous-même consultant, coach d’équipe ou psychologue du travail et proposez ce type de diagnostic, expliquez clairement votre méthode et vos garanties de confidentialité à vos futurs clients : une création de site vitrine vous permet de présenter votre démarche et d’être trouvé par les entreprises qui cherchent ce service.
Questions fréquentes
Qui a inventé le sociogramme ?
Jacob Levy Moreno, psychiatre et psychosociologue né en 1889, fondateur de la sociométrie et du psychodrame. Il a développé la méthode dans les années 1930.
Quelle est la différence entre sociogramme et organigramme ?
L’organigramme représente la structure officielle de l’entreprise : qui dirige qui. Le sociogramme représente les relations informelles : qui coopère volontiers avec qui. Les deux se complètent.
Comment faire un sociogramme simplement ?
Posez à chaque membre d’un petit groupe une ou deux questions (avec qui souhaitez-vous travailler ?), reportez les réponses dans un tableau, puis dessinez un cercle par personne et une flèche par choix. Les flèches réciproques, les personnes très choisies et celles qui ne sont pas choisies apparaissent immédiatement.
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