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Chaîne de valeur de Porter : définition, activités et utilité

Le 30 juin 2021 - 9 minutes de lecture
chaîne de valeur de Porter : rayonnages d'un entrepôt, maillon logistique de l'entreprise

La chaîne de valeur de Porter est un modèle qui découpe l’entreprise en neuf activités, cinq activités principales et quatre activités de soutien, pour repérer celles qui créent de la valeur pour le client et celles qui coûtent plus qu’elles ne rapportent. Michael Porter l’a présentée en 1985 dans son livre L’Avantage concurrentiel. Son utilité est simple : savoir où l’entreprise gagne sa marge et sur quelle activité bâtir son avantage face aux concurrents.

Que vous prépariez une création d’entreprise ou que vous dirigiez déjà une structure, cet outil vous oblige à regarder votre activité comme un enchaînement d’étapes plutôt que comme un bloc. Ce guide présente la définition du modèle, les neuf activités, la méthode d’analyse pas à pas et les stratégies qui en découlent.

Définition de la chaîne de valeur de Porter

Michael Porter, professeur de stratégie à l’université Harvard, part d’un constat : un client n’achète pas une entreprise, il achète le résultat d’une suite d’activités. Approvisionnement, fabrication, livraison, vente, service après-vente : chaque étape ajoute quelque chose au produit final, et chaque étape a un coût.

La chaîne de valeur est donc la représentation de ces activités et de leurs liens. La valeur, au sens de Porter, est ce que les clients sont prêts à payer pour le produit ou le service. La marge est l’écart entre cette valeur et le coût total des activités. Une entreprise rentable est une entreprise dont les activités créent plus de valeur qu’elles ne consomment de ressources.

Porter classe ces activités en deux familles : les activités principales, qui touchent directement le produit et le client, et les activités de soutien, qui rendent les premières possibles.

Les 5 activités principales

Les activités principales participent directement à la fabrication du produit, à la réalisation de la prestation et à sa vente. Porter en distingue cinq :

  • La logistique interne : réception, stockage et gestion des matières premières, fournitures et marchandises, relations avec les fournisseurs, contrôle qualité à l’arrivée.
  • La production (ou opérations) : la transformation des matières premières en produits finis, ou la réalisation concrète du service.
  • La logistique externe : le stockage des produits finis et leur acheminement vers les clients, qu’il s’agisse d’un grossiste, d’un distributeur, d’un point de vente ou du consommateur final.
  • Le marketing et la vente : tout ce qui fait connaître l’offre et pousse le client à acheter, de la politique de prix à la publicité en passant par la force de vente et la présence en ligne.
  • Les services : les activités qui maintiennent la valeur du produit après la vente, comme le service après-vente, l’installation, la formation ou la garantie.

Dans une entreprise de services, ces étapes se transposent facilement : la logistique interne devient la préparation des dossiers ou des ressources, la production devient l’exécution de la prestation, la logistique externe la livraison du livrable.

chaîne de valeur de Porter : atelier de production textile, une des activités principales de l'entreprise

Les 4 activités de soutien

Les activités de soutien ne touchent pas directement le client, mais aucune activité principale ne fonctionne sans elles. Porter en retient quatre :

  • L’infrastructure de l’entreprise : direction générale, planification, comptabilité, finance, juridique, qualité.
  • La gestion des ressources humaines : recrutement, formation, rémunération, gestion des compétences.
  • Le développement technologique : recherche et développement, outils informatiques, amélioration des procédés.
  • Les approvisionnements (ou achats) : la fonction qui négocie et achète les ressources utilisées par toutes les autres activités.

L’ensemble des neuf activités, principales et de soutien, concourt à la création de la valeur finale. La qualité des liens entre elles compte autant que la performance de chacune : un service commercial qui promet des délais que la production ne peut pas tenir détruit de la valeur.

À quoi sert la chaîne de valeur de Porter ?

Le but ultime de Porter est l’avantage concurrentiel, c’est-à-dire ce qui permet à une entreprise de mieux réussir que ses concurrents sur un même marché. L’analyse de la chaîne de valeur est d’abord un outil d’aide à la décision. Elle permet de :

  • identifier les compétences clés de l’entreprise, celles que les concurrents ont du mal à copier ;
  • repérer les activités qui créent le plus de valeur et y concentrer les moyens ;
  • détecter les activités coûteuses et peu utiles, pour les réduire, les réorganiser ou les externaliser ;
  • comprendre comment les activités s’influencent les unes les autres.

La logique est celle du rapport entre utilité et coût. Une activité à forte valeur ajoutée peut justifier un coût élevé ; une activité à faible valeur ajoutée doit coûter le moins possible. Cela ne veut pas dire que la réduction des coûts est le seul objectif : l’entreprise doit d’abord offrir un produit ou un service qui répond à ce que le client attend, puis chercher à le produire au meilleur coût. Pour approfondir la notion de création de richesse, notre article sur la valeur ajoutée en détaille le calcul.

Comment réaliser l’analyse de la chaîne de valeur

L’analyse se déroule en deux temps : repérer les activités à forte valeur ajoutée, puis choisir une stratégie cohérente avec ce diagnostic.

1. Cartographier les activités

Listez les activités réelles de votre entreprise et rangez-les dans les neuf cases du modèle. Restez concret : « relance des devis non signés » ou « préparation des commandes » sont plus parlants que « vente » ou « logistique ».

2. Mesurer le coût de chaque activité

Affectez à chaque activité les dépenses qu’elle engendre : temps passé, salaires, matières, sous-traitance, outils. Cette étape révèle souvent des surprises, comme une activité de support qui absorbe une part importante du budget sans que personne ne l’ait remarqué.

3. Évaluer la valeur perçue par le client

Pour chaque activité, posez la question : si elle disparaissait ou se dégradait, le client le remarquerait-il, et serait-il prêt à payer moins ? Plus l’impact sur le produit final et sur la satisfaction du client est direct, plus la valeur ajoutée est forte.

4. Croiser coût et valeur

Mettez les deux mesures en regard. Les activités à forte valeur et coût maîtrisé sont vos points forts ; celles à faible valeur et coût élevé sont les premières à revoir. Analysez aussi les liens : une meilleure logistique interne peut réduire les retards de livraison et les réclamations au service après-vente.

Les stratégies qui découlent de l’analyse

L’analyse doit déboucher sur une décision. Porter décrit trois grandes stratégies, appelées stratégies génériques :

StratégiePrincipeActivités à privilégier
Domination par les coûtsProposer le prix le plus bas du marché en produisant au coût le plus faibleProduction, logistique, achats
DifférenciationProposer un produit ou un service perçu comme unique, pour lequel le client accepte de payer plusDéveloppement technologique, marketing, services
FocalisationSe concentrer sur un segment précis de clientèle ou une niche, par les coûts ou par la différenciationActivités liées aux besoins spécifiques de ce segment

Une petite entreprise choisit souvent la différenciation ou la focalisation : elle n’a pas les volumes pour gagner sur les prix, mais elle peut mieux servir une clientèle précise. Dans ce cas, l’activité marketing et vente devient centrale. Pour une entreprise de proximité ou de services, cela passe aujourd’hui par une présence en ligne claire : une création de site vitrine bien référencée rend visible ce qui vous différencie, au moment où le client compare les offres.

Un exemple simple : une boulangerie artisanale

Prenons une boulangerie qui veut se différencier par la qualité. Sa chaîne de valeur pourrait se lire ainsi :

  • Logistique interne : achat de farines auprès de meuniers locaux, stockage adapté.
  • Production : fermentation longue, cuisson plusieurs fois par jour.
  • Logistique externe : livraison aux restaurants du quartier.
  • Marketing et vente : vitrine soignée, explication des produits par le personnel, présence sur internet avec les horaires et les spécialités.
  • Services : commandes pour les événements, prise de commande en ligne.

L’analyse montrera que la valeur se crée surtout dans les achats et la production. La boulangerie a donc intérêt à y investir et à rendre ce savoir-faire visible, plutôt qu’à rogner sur la qualité de la farine pour baisser ses prix. Pour formaliser ensuite la manière dont l’entreprise gagne de l’argent, la chaîne de valeur se complète avec un modèle économique.

Les limites du modèle

Conçue pour des entreprises industrielles, la chaîne de valeur s’applique moins naturellement aux entreprises de services ou aux plateformes numériques, où la valeur se crée dans les échanges entre utilisateurs. Elle donne aussi une image statique de l’entreprise : il faut la refaire régulièrement, à chaque évolution du marché ou de l’organisation. Elle reste néanmoins un excellent point de départ pour structurer une réflexion stratégique.

Questions fréquentes

Quelles sont les 9 activités de la chaîne de valeur de Porter ?

Cinq activités principales (logistique interne, production, logistique externe, marketing et vente, services) et quatre activités de soutien (infrastructure de l’entreprise, gestion des ressources humaines, développement technologique, approvisionnements).

Quelle est la différence entre chaîne de valeur et valeur ajoutée ?

La valeur ajoutée est un indicateur comptable : la richesse créée par l’entreprise, calculée en retirant les consommations intermédiaires de la production. La chaîne de valeur est un outil d’analyse stratégique qui montre quelles activités créent cette richesse.

La chaîne de valeur est-elle utile pour une petite entreprise ?

Oui. Même avec peu de salariés, elle aide à voir où passe le temps et l’argent, et à concentrer les efforts sur ce que les clients valorisent vraiment.

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Christelle Mercatili, directrice générale de CN DIGITAL

Christelle Mercatili

Directrice générale de CN DIGITAL, la société qui édite SEO-TECH. Elle gère le catalogue de sites de l'agence et assure le suivi des stratégies de netlinking et média des clients. LinkedIn