Entreprendre

Intrapreneuriat : définition, profil et avantages

Le 21 octobre 2022 - 8 minutes de lecture
intrapreneuriat : un salarié présente son projet à des collègues en réunion

L’intrapreneuriat consiste, pour un salarié, à mener un projet innovant comme un entrepreneur, mais à l’intérieur de l’entreprise qui l’emploie : il conçoit et pilote une nouvelle activité, un produit ou un service, avec l’autonomie d’un créateur d’entreprise et les ressources de son employeur. Le salarié garde son contrat et son salaire ; l’entreprise finance le projet et en récolte les fruits. Les deux parties y gagnent : l’un développe ses idées sans risquer ses économies, l’autre innove et garde ses meilleurs talents.

Le terme d’intrapreneur s’est diffusé aux États-Unis à partir de la fin des années 1970 et a été popularisé dans les années 1980, notamment par le consultant Gifford Pinchot. Le concept s’est depuis largement répandu, des grands groupes aux PME. Ce guide explique ce que recouvre l’intrapreneuriat, le profil recherché, ses avantages et la façon de le mettre en place.

Intrapreneuriat : définition

L’intrapreneuriat est une démarche qui encourage l’esprit d’entreprise au sein d’une organisation existante. Concrètement, un salarié repère une opportunité (un nouveau marché, un produit, un procédé plus efficace) et la porte de bout en bout : il construit le projet, le présente à la direction, puis le réalise avec un budget, une équipe et une marge de liberté inhabituelle dans son poste.

Trois éléments distinguent un projet intrapreneurial d’une simple mission :

  • l’initiative vient du salarié, pas d’une commande de sa hiérarchie ;
  • le projet est nouveau pour l’entreprise : il crée de la valeur au-delà de l’activité habituelle ;
  • le salarié dispose d’une réelle autonomie de décision, sous la supervision d’un sponsor dans la direction.

Selon la taille et la culture de l’entreprise, l’intrapreneuriat prend des formes variées : programmes d’incubation interne, appels à projets, temps de travail réservé aux idées personnelles, concours d’innovation ou création d’une filiale pour exploiter un projet qui a fait ses preuves.

Quel est le profil d’un intrapreneur ?

Pour Alain Fayolle, chercheur spécialiste de l’entrepreneuriat à l’EM Lyon Business School, l’intrapreneur a pour rôle de concrétiser des idées afin d’apporter de la valeur ajoutée à l’entreprise. Ce rôle demande plusieurs qualités.

Des compétences solides dans son domaine

Une idée ne suffit pas : il faut la transformer en projet viable. L’intrapreneur connaît bien son métier, l’entreprise et ses clients. Il sort de son rôle habituel pour prendre la tête d’un projet, ce qui exige de la persévérance, de l’aisance relationnelle et la capacité à mobiliser des collègues qui ne dépendent pas de lui.

Une vision stratégique

Le projet doit servir les intérêts de l’entreprise, sans contredire sa stratégie ni la dupliquer. L’intrapreneur fixe un objectif précis, construit une démarche, chiffre les ressources nécessaires et sait convaincre la direction. Rédiger un business plan interne, comme le ferait un créateur d’entreprise face à un banquier, est souvent la meilleure façon de défendre son idée.

Le sens des responsabilités

L’intrapreneur agit avec autonomie, mais il rend des comptes. Il gère un budget, des délais et parfois une petite équipe. Cette liberté n’est pas une indépendance totale : il reste salarié, soumis aux règles et aux arbitrages de l’entreprise.

La motivation et le goût du défi

Un projet innovant connaît des échecs, des retards et des remises en cause. Il faut de la conviction pour avancer, accepter la critique et rebondir quand une hypothèse se révèle fausse.

Entrepreneuriat et intrapreneuriat : quelle différence ?

L’entrepreneur crée sa propre structure et en assume tous les risques. L’intrapreneur innove au sein d’une structure existante, qui porte le risque financier à sa place.

CritèreEntrepreneurIntrapreneur
StatutDirigeant de sa propre entrepriseSalarié de l’entreprise
FinancementApport personnel, prêts, investisseursBudget accordé par l’employeur
Risque financierSupporté par l’entrepreneurSupporté par l’entreprise
AutonomieTotaleEncadrée par la direction
RessourcesÀ réunir soi-mêmeCelles de l’entreprise (équipes, clients, marque)
Propriété du projetÀ l’entrepreneurEn principe à l’entreprise

Se lancer seul suppose souvent de quitter son emploi, d’investir ses économies et d’accepter de perdre ses mises si le projet échoue. Le quotidien d’un créateur d’entreprise demande beaucoup de travail et une grande capacité d’adaptation. L’intrapreneuriat offre un compromis : l’idée vient du salarié, mais la conception et la réalisation s’appuient sur les moyens de l’entreprise.

En contrepartie, l’intrapreneur ne détient pas son projet. Si celui-ci réussit, la valeur créée revient d’abord à l’entreprise, même si certaines organisations prévoient une prime, une évolution de poste ou une participation au capital de la filiale créée.

intrapreneuriat : tableau blanc couvert de notes adhésives de couleur lors d'une séance d'idées

Les avantages de l’intrapreneuriat

Pour le salarié intrapreneur

  • Entreprendre sans perdre la sécurité de l’emploi : le salarié conserve son contrat et sa rémunération. Si le projet échoue, il ne perd pas son investissement personnel, puisque c’est l’entreprise qui finance.
  • Développer ses compétences : gestion de projet, budget, management, relation client. Ce sont les compétences d’un dirigeant, acquises sur le terrain.
  • Accélérer sa carrière : un projet réussi rend visible auprès de la direction et ouvre souvent des responsabilités nouvelles.
  • Donner du sens à son travail : porter une idée dans laquelle on croit est une forte source de motivation.

L’intrapreneuriat est aussi une bonne école pour celui qui envisage de créer un jour sa propre entreprise : il apprend à monter un projet avec un filet de sécurité.

Pour l’entreprise

  • Innover plus vite : les salariés connaissent les clients et les failles des produits existants ; ils sont bien placés pour proposer des améliorations ou de nouvelles offres.
  • Retenir les talents : un salarié entreprenant qui ne trouve pas d’espace pour ses idées risque de partir créer sa propre société, parfois chez un concurrent ou en concurrent.
  • Renforcer l’engagement : une culture qui valorise l’initiative motive au-delà des seuls porteurs de projets.
  • Explorer de nouveaux marchés à moindre risque : un projet interne coûte en général moins cher qu’une acquisition et peut être arrêté rapidement s’il ne fonctionne pas.

L’exemple le plus souvent cité est celui de Gmail, né d’un projet interne chez Google, une entreprise connue pour laisser à ses ingénieurs du temps pour leurs propres idées.

Comment mettre en place l’intrapreneuriat dans votre entreprise

Une culture intrapreneuriale ne se décrète pas. Elle se construit étape par étape.

  1. Faire un diagnostic : où l’entreprise a-t-elle besoin d’innover ? Quelles ressources (temps, budget, accompagnement) peut-elle réellement consacrer aux projets internes ?
  2. Créer un cadre clair : comment proposer une idée, qui l’évalue, sur quels critères, avec quel budget et quel calendrier.
  3. Libérer du temps : un salarié qui porte un projet en plus de toutes ses tâches habituelles s’épuise vite. Prévoyez une part de son temps dédiée au projet.
  4. Nommer un sponsor : un membre de la direction qui soutient le projet, lève les blocages et arbitre.
  5. Accepter l’échec : une prise de risque encouragée ne doit pas être sanctionnée quand elle n’aboutit pas. Un échec bien analysé est une expérience utile.
  6. Prévoir la reconnaissance : prime, promotion, visibilité ou, pour les projets les plus importants, participation dans une structure dédiée.

Quand un projet arrive à maturité, il faut le présenter au marché : un nom, une offre, des clients à convaincre. Une page ou une création de site vitrine dédiée permet de tester l’intérêt du public avant d’investir davantage, puis de soutenir le lancement commercial. Le projet doit aussi trouver son business model : qui paie, pour quoi, et à quel prix.

Les limites de l’intrapreneuriat

L’intrapreneuriat n’est pas une solution miracle. Les principaux écueils sont connus :

  • la lourdeur des processus : validations multiples et règles internes peuvent étouffer un projet qui a besoin d’avancer vite ;
  • les conflits de priorités : les managers peuvent voir d’un mauvais œil un collaborateur qui consacre du temps à un autre projet ;
  • la frustration : un intrapreneur qui voit son projet réussir sans en partager les fruits peut finir par partir ;
  • la propriété intellectuelle : les droits sur les créations des salariés obéissent à des règles précises ; mieux vaut les clarifier dès le départ.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre intrapreneur et entrepreneur ?

L’entrepreneur crée sa propre entreprise et en assume le risque financier. L’intrapreneur est salarié : il porte un projet innovant au sein de son entreprise, qui le finance et en détient les résultats.

Quel est un exemple d’intrapreneuriat ?

Gmail est l’exemple le plus cité : le service a été développé au sein de Google à partir d’un projet interne. Plus largement, toute offre nouvelle imaginée et pilotée par un salarié avec le soutien de sa direction relève de l’intrapreneuriat.

L’intrapreneuriat est-il réservé aux grandes entreprises ?

Non. Une PME peut encourager un salarié à développer une nouvelle activité, un service complémentaire ou un outil interne. Le principe reste le même : autonomie, ressources et reconnaissance pour celui qui porte le projet.

Faut-il écrire intrapreneuriat ou intraprenariat ?

Les deux formes se rencontrent. « Intrapreneuriat » est la plus répandue, sur le modèle d’« entrepreneuriat » ; « intraprenariat » s’aligne sur la variante « entreprenariat ».

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Christelle Mercatili, directrice générale de CN DIGITAL

Christelle Mercatili

Directrice générale de CN DIGITAL, la société qui édite SEO-TECH. Elle gère le catalogue de sites de l'agence et assure le suivi des stratégies de netlinking et média des clients. LinkedIn