SEO

Quality raters Google : Wikipédia sert-il à classer les sites ?

Le 27 juin 2019 - 8 minutes de lecture
Quality raters Google : rangées de livres anciens dans une bibliothèque

Les quality raters de Google sont des évaluateurs humains chargés de juger la qualité des résultats de recherche, à partir d’un guide public, les Search Quality Rater Guidelines. Leurs notes servent à tester les modifications de l’algorithme, pas à classer directement les sites. C’est pourquoi l’idée selon laquelle Google utiliserait Wikipédia pour pénaliser les sites, parce que ce guide cite Wikipédia, ne repose sur aucune preuve.

Cette question a fait débat après la mise à jour de l’algorithme de Google de juin 2019. Le cas reste instructif aujourd’hui : il montre comment naissent les fausses certitudes en SEO, et comment Google évalue réellement la réputation d’un site.

L’affaire Mercola : Wikipédia accusé d’une chute de trafic

En juin 2019, le site américain de santé alternative Mercola a affirmé avoir perdu 99 % de son trafic à la suite de la mise à jour de Google. Son article s’appuyait sur les consignes données aux quality raters et soutenait que l’algorithme ciblait les sites décrits négativement sur Wikipédia. Selon le Dr Mercola, Google abaissait manuellement le classement des contenus jugés indésirables, en se fondant largement sur l’évaluation de l’auteur ou du site par Wikipédia.

Google utiliserait-il vraiment Wikipédia pour faire chuter des sites ? Pour répondre, il faut revenir au texte cité et à son contexte.

Une citation sortie de son contexte

Le passage invoqué existe bien : le guide des quality raters leur demande de vérifier la réputation d’un site, notamment sur Wikipédia. Mais c’est une citation sélective, c’est-à-dire un extrait choisi pour appuyer une thèse, qui perd son sens une fois replacé dans le texte complet.

Dans le guide, Wikipédia n’est qu’une source parmi d’autres. Les évaluateurs sont invités à rechercher ce que les vrais utilisateurs et les experts pensent d’un site : avis, références, recommandations d’experts, articles de presse, billets de blog, discussions de forums, évaluations d’organismes indépendants. Le guide leur explique même comment utiliser les opérateurs de recherche avancée de Google pour trouver ces informations, avec l’exemple d’IBM :

  • [ibm -site:ibm.com] : les pages qui parlent d’IBM, hors du site ibm.com ;
  • [« ibm.com » -site:ibm.com] : les pages qui mentionnent « ibm.com », hors du site lui-même ;
  • [ibm reviews -site:ibm.com] : les avis sur IBM publiés ailleurs que sur son site ;
  • pour un créateur de contenu, une recherche sur son nom ou son pseudonyme.

La mention de Wikipédia s’inscrit donc dans une méthode de recherche de réputation destinée à des humains. Rien dans ces consignes n’indique que l’algorithme utilise Wikipédia. En déduire que Google s’en sert pour classer les sites est un raccourci sans fondement.

À quoi servent vraiment les quality raters de Google ?

Une erreur fréquente en SEO consiste à croire que tout ce qui figure dans le guide des quality raters est appliqué tel quel par l’algorithme. Ce n’est pas le cas. Le guide est un manuel qui apprend à des évaluateurs humains à juger des pages, dans un but précis : mesurer si une modification expérimentale de l’algorithme améliore les résultats.

John Mueller, porte-parole de Google pour les questions de recherche, a décrit ce fonctionnement : quand les équipes de Google veulent tester une amélioration, elles envoient aux évaluateurs des pages de résultats avec et sans la modification. Les évaluateurs indiquent quels résultats sont les meilleurs et pourquoi. Le guide est là pour les aider à juger ces deux versions de façon cohérente.

Autrement dit, les notes des quality raters ne font pas monter ni descendre un site en particulier. Elles servent de retour d’expérience aux ingénieurs. Le guide décrit ce que l’algorithme devrait idéalement produire, pas la façon dont il calcule le classement. C’est ce qu’avait résumé Ben Gomes, alors responsable de la recherche chez Google : ces consignes ne disent pas comment l’algorithme classe les résultats, mais montrent ce qu’il devrait faire.

Quality raters Google : personne cochant des critères d'évaluation dans un carnet

Le guide aujourd’hui : l’E-E-A-T

Le guide est régulièrement mis à jour et reste public. Il s’articule autour de la notion d’E-E-A-T : Expérience, Expertise, Autorité et Fiabilité (Trust). Pour les sujets qui touchent à la santé, à l’argent ou à la sécurité, que Google appelle « YMYL » (Your Money or Your Life), l’exigence de fiabilité est maximale. C’est probablement là qu’il faut chercher l’explication des pertes de trafic de nombreux sites de santé en 2019 : Google cherchait à mettre en avant des sources médicales reconnues, pas à lire Wikipédia.

Aucun brevet ni aucune recherche ne le confirme

Les recherches et brevets de Google qui mentionnent Wikipédia portent sur d’autres usages : classer des chaînes YouTube par thème, distinguer des entités qui portent le même nom, ou comprendre le sens des mots dans leur contexte. Une recherche de Google publiée en 2018 s’appuie par exemple sur Wikipédia pour modéliser les relations entre les mots dans une phrase. Il s’agit de comprendre le langage, pas de juger des sites.

Bill Slawski, spécialiste reconnu des brevets liés aux moteurs de recherche, publiait ses analyses sur son site SEO by the Sea. Une recherche sur le site de Bill Slawski pour tout ce qui concerne Wikipedia ne fait ressortir aucun brevet décrivant l’usage de Wikipédia pour analyser la réputation d’une entreprise ou d’un auteur. Interrogé sur le sujet à l’époque, il expliquait avoir vu des mentions de Wikipédia dans des brevets de Google, mais aucune indiquant que ces informations servaient à classer la qualité des pages.

Le piège des hypothèses en SEO

Une hypothèse propose une explication ; une théorie s’appuie sur des preuves, comme des expériences, des brevets ou des publications de recherche. Le référencement regorge d’hypothèses fondées sur peu de données : une corrélation observée sur quelques sites, une phrase isolée d’un document officiel. L’expérience montre que la plupart se révèlent fausses.

Dans le cas présent, le seul fait établi est que Google demande à ses évaluateurs de consulter Wikipédia, parmi d’autres sources, pour évaluer les modifications de son algorithme. Conclure à un lien direct avec le classement serait une erreur. Pour une entreprise, la leçon est simple : avant de modifier sa stratégie sur la foi d’une rumeur, il faut vérifier la source et mesurer l’effet sur ses propres données.

Google juge-t-il la réputation d’un site ?

Oui, mais par d’autres moyens. En 2010, Google a annoncé sur son blog officiel avoir intégré à son classement une solution algorithmique contre les commerçants offrant une très mauvaise expérience client. L’article, intitulé Being Bad to Your Customers is Bad for Business, répondait à une enquête du New York Times : un commerçant malhonnête se plaçait bien dans Google grâce aux liens de sites qui le critiquaient. Google indiquait avoir identifié ce commerçant ainsi que des centaines d’autres offrant une expérience jugée extrêmement mauvaise.

L’analyse de sentiment, c’est-à-dire la détection automatique d’opinions positives ou négatives dans des textes, fait d’ailleurs l’objet de recherches chez Google depuis longtemps. On peut citer les travaux « Large-Scale Sentiment Analysis for News and Blogs » (2007), « Leveraging User Annotations in Sentiment Summarization » (2008) ou, plus récemment, « Multilingual Multi-class Sentiment Classification Using Convolutional Neural Networks », qui analyse des messages publiés sur les réseaux sociaux. Aucun de ces travaux ne prouve que Google applique un tel système à son classement, et aucun ne s’appuie sur Wikipédia : ils portent sur l’actualité, les blogs, les avis et les réseaux sociaux.

Ce qu’il faut retenir

  • Aucun brevet ni document de recherche de Google ne décrit l’usage de Wikipédia pour juger la réputation des sites et les classer.
  • Les consignes des quality raters décrivent une méthode d’évaluation humaine ; elles ne prouvent pas que l’algorithme fait la même chose.
  • La réputation d’une entreprise compte pourtant : avis clients, articles de presse, mentions sur des sites reconnus. Soigner votre e-réputation reste une bonne pratique, pour les internautes comme pour les moteurs.

Votre site a perdu du trafic après une mise à jour de Google ? Avant de chercher un coupable, faites établir un diagnostic factuel : notre audit SEO gratuit permet d’identifier les causes les plus probables. Vous cherchez une agence web à Saint-Brieuc ? Notre équipe accompagne à distance les entreprises de toute la France.

Article publié sur le site Mercola.com : https://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2019/06/24/google-latest-algorithm-update-buries-mercola.aspx

Article d’origine, dont cette analyse s’inspire : https://www.searchenginejournal.com/google-june-update-wikipedia/313731/

Questions fréquentes

Que sont les Google Search Quality Rater Guidelines ?

C’est le guide public que Google fournit à ses évaluateurs humains. Il décrit comment juger la qualité d’une page et sa pertinence pour une recherche, en s’appuyant notamment sur les critères E-E-A-T.

Un quality rater peut-il pénaliser mon site ?

Non. Ses évaluations servent à tester l’algorithme. Les sanctions manuelles relèvent d’une autre équipe de Google et sont signalées dans la Google Search Console.

Avoir une page Wikipédia aide-t-il le référencement ?

Les liens de Wikipédia sont en nofollow et ne transmettent pas de popularité. Une page Wikipédia peut en revanche renforcer la notoriété d’une marque et aider Google à identifier l’entreprise comme une entité connue.

Votre site doit vous apporter des clients. Nous analysons gratuitement votre projet : proposition de création offerte si vous n'avez pas encore de site, diagnostic SEO et GEO offert si vous en avez déjà un. Découvrir notre offre : audit SEO gratuit.

Nicolas Mercatili, fondateur de l'agence SEO-TECH

Nicolas Mercatili

Fondateur et président de CN DIGITAL, la société qui édite SEO-TECH. Consultant SEO depuis 2010, il pilote les projets clients notament sur la partir SEO. Cofondateur de Semjuice, formateur Google et conférencier, il accompagne les entreprises pour être visibles sur Google et dans les réponses des assistants IA. LinkedIn · Site personnel